PAS UN HEROS

Stéphane Klein est né à Sarcelles. Et a donc poursuivi des études supérieures à …Toulouse. Pour embrasser ensuite une carrière de photographe à Bordeaux ! Stéphane était déjà voué au voyage.

Une carrière de reporter-photographe, d’abord. Au journal Sud-ouest, à Bordeaux. Et en collaborant plus tard, pendant plusieurs années, avec les agences Sygma et Corbis-Sygma.

Puis progressivement, une carrière de photographe. Pas un de ces pilotes de chasse aux images des guerres médiatiques modernes, qui survolent, « shootent » en couleur les cartes postales des horreurs du monde et rentrent à la base mission accomplie. Non. Un photographe. Un du genre opiniâtre. Un patient. Un solitaire aimant le monde. Définitivement N et B. Noir et blanc. Un art qu’il pratique de la prise de vue au laboratoire, où il peaufine parfois très tard la nuit, bien après que la lune soit levée, des tirages au sélénium…

Aujourd’hui, à l’heure où sonne la quarantaine, et où l’on constate que la vie est à l’exacte pliure de la carte, Stéphane Klein sait une chose : il ne regrette rien. Et la maturité qu’avaient décelé dans son travail les Willy Ronis (qui se fendit un jour d’une belle appréciation pour l’un des ouvrages édité par Stéphane), ou les Sudre, Claudine et Jean-Pierre (les maîtres français du tirage qui le prirent un temps sous leurs ailes), ou encore Jean-Claude Lemagny, conservateur à la Bibliothèque Nationale de France, qui fit déposer quatre-vingt tirages noir et blanc signés Klein, Stéphane… cette maturité, donc, s’est imposée. L’artiste avait choisi son camp. Celui des voyageurs au long cours. Celui de la fraternité humaine. Celui des pudiques, aussi. Pas grande gueule pour deux sous.

Partir, revenir… Tel est le balancier qui rythme la vie de Stéphane Klein désormais. Partir… Depuis plus de dix ans, il passe deux mois en voyage tous les ans. Il disparaît en mai et revient à l’été. Après un peu d’Europe, un peu d’Afrique, au début, il volera plus tard vers l’Asie. Birmanie, Viêt-Nam, Thaïlande, Cambodge, Laos, Inde. Et puis la Chine, la Mongolie. Des aimants. Une fascination Et là, pas de grands hôtels. Son sac de voyage est aussi léger que son sac de photographe est lourd. Plutôt deux Leicas qu’un costume. Deux shorts, deux t-shirts et un blouson lui suffisent souvent. Stéphane Klein a maintenant passé, du côté du Soleil levant, presque trois ans l’œil collé au viseur. Pour rendre compte d’éclairs de vie, d’éclats de rire, de clins d’œil, du temps qui passe, des grands espaces… De la vie qui va, quoi ! Au jour le jour. Toujours au plus près des gens. Qu’il revisite parfois en ami. « J’aime revenir sur mes traces » avoue-t-il.

Ainsi photographie-t-il depuis trois ans, tous les ans, la jeune Fu Zu Wen, petite fille des Hu Tong, ces quartiers traditionnels pékinois, aux très vieilles maisons. Des quartiers qui meurent sous les coups des pelleteuses et des appétits voraces que réveille le développement chinois. Un jour prochain, tout aura disparu. Et Fu Zu Wen sera devenue une femme moderne. Ou encore ces enfants des steppes, où il est accueilli désormais en cousin lointain, dans les gers au-delà d’Oulan-Bator.

« Etre photographe, ce n’est pas forcément photographier le malheur des autres » confie parfois Stéphane Klein, lorsqu’on le pousse dans ses retranchements. « On peut témoigner aussi du bonheur simple, du quotidien, de la banalité. Mais c’est vrai, si l’on ne témoigne pas de l’horreur, on n’est pas un héros »…

Sylvain Viaut.

« journaliste pour le quotidien Sud Ouest »

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